S’il te plait, imprime moi un mouton

product_ph_05

Ce qui auparavant relevait de la science-fiction est en passe de devenir aujourd’hui une technologie à la portée de tous. L’impression 3D, tel un iceberg, affleure doucement depuis des années à  la surface de notre quotidien, mais possède une partie immergée tellement immense qu’elle en donne le vertige.

C’était dans les années 60 sur BBC Horizon, une émission de vulgarisation scientifique. Arthur C. Clarke, auteur de romans de Science-fiction à qui l’on doit entre autres 2001 l’odyssée de l’espace, prophétisait l’arrivée d’internet et de l’impression 3D. Certain que ces deux médias allaient bouleverser profondément les bases mêmes de la communication entre les êtres humains. De fait, grâce au web, le monde d’aujourd’hui n’a pas grand-chose à voir avec celui d’il y a 20-25 ans.

Dans un autre registre, Hergé, fortement anglophone et scientifique avait porté à l’écran la « machine à répliquer » d’Arthur C Clarke dans le dessin animé Tintin et Le Lac Aux Requins. Utilisée par l’infâme Rastapopoulos pour reproduire des œuvres d’art volées.

-

Attention, à partir d’ici, la frontière entre la SF, la réalité et évidemment, le marketing s’amenuise. Si Internet a pulvérisé les règles de la publicité et bouleversé le comportement humain dans nombre de domaines, l’impression 3D est en passe de déclencher une véritable révolution industrielle. Dans quelques années, vous repenserez à cet article en imprimant un nouveau mug que le mouton électrique de votre fille aura cassé en le bousculant et ces quelques lignes vous reviendront en tête quand vous mangerez votre english breakfast avec bacon, œuf mollet, saucisses grasses, black pudding et baked beans tout droit sortis de votre imprimante de cuisine (oui moi aussi j’ai faim) avant de mettre vos chaussures commandées la veille et prêtes à être enfilées.

illustration ads&trends

Le trait vous parait forcé ? Pourtant, si l’impression 3D existe et est utilisée depuis une trentaine d’années en prototypage, on assiste aujourd’hui à l’esquisse de sa démocratisation. Même si elle est loin de se faire une place dans chacun de nos foyers, la technologie actuelle existe et ne connait déjà que peu de limites en terme de matières, formes et taille. Et il est temps de la prendre pour autre chose que le joujou que tout le monde voit en elle.

On imprime déjà en métal, plastiques issus de l’agriculture, matières organiques ou alimentaires, un entrepreneur chinois a mis au point un procédé de recyclage du béton pour pouvoir imprimer une maison pour tous et palier les problèmes de logements en Chine, pays en proie à une frénésie de renouvellement permanent de son parc de logements.

Alors, on n’imprimera pas nécessairement un jour son petit déj so british parce qu’à première vue comme ça, ça a l’air absolument dégueulasse et que d’ici là, le lobby du droit de vivre des poules et des cochons aura pris beaucoup d’importance, mais on crée déjà des desserts en chocolat, des pizzas, des chaussures, de la viande, des bijoux, des vêtements, de la vaisselle, des orthèses et prothèses médicales, un cœur artificiel créé à base de cellules souches est même prévu d’ici 2020 pour une transplantation d’ici 2025.

S’il est difficile de s’imaginer manger un repas tout frais sorti de son imprimante, l’homme augmenté n’est pas loin. Et les campagnes de pubs pour vous vendre un nouveau fémur Candia enrichi en calcium arriveront un jour, forcément. Le Smithsonian, musée d’histoire naturelle de New-York propose déjà d’imprimer son squelette de dino en 3D. Une première étape avant de numériser l’ensemble de sa collection et de la mettre, gratuitement, à disposition de tous pour pouvoir l’imprimer.

On le suppose alors fortement, économiquement, il faut s’attendre à une transformation totale. Notre modèle de production industrielle à grand volume sera à terme révolu lorsque, pour le client final, formé et équipé d’une imprimante, il deviendra moins cher de faire imprimer chez soi que d’importer.

A une époque où les considérations de gaspillage et surconsommation commencent doucement à toucher les consciences collectives, l’impression 3D permettant au consommateur de maitriser la production est peut-être une planche de salut.

Mondialisation, délocalisation, flux de marchandises vont à terme diminuer, en tout cas dans un premier temps pour les objets de la vie de tous les jours. Difficile, là tout de suite, d’imaginer imprimer son lave-vaisselle, sa télévision ou sa voiture chez soi, mais moins d’imaginer un industriel de l’automobile imprimer directement sur son site de production, l’ensemble des pièces nécessaires à la fabrication de son produit final. Le sujet est vaste  et c’est l’ensemble du mix-marketing qui sera à terme impacté et même le visage des commerces de proximité.

Quel impact également à terme sur l’emploi dans des usines totalement automatisées où rentrent les matières premières brutes pour en voir ressortir des produits immédiatement prêts à la vente ? Il sera sans doute considérable.

Le meilleur moyen de se rendre compte des difficultés, mais aussi des perspectives à venir pour ces 20/30 prochaines années est d’observer la transformation vécue par le monde de l’industrie de l’Entertainment depuis l’arrivée d’internet.

Mais au fait, comment les marques et les agences s’emparent-elles aujourd’hui de l’impression 3D pour soutenir leurs campagnes digitales ?

Il y a là une véritable manne et un terrain d’expression immense en terme de communication augmentée. Une manière de ne plus mettre le produit sur une feuille de papier ou une bannière web, mais directement dans les mains du consommateur, une manière aussi de toucher, sensibiliser, apporter une valeur ajoutée à sa marque, créer une véritable expérience.

Rethink, une agence canadienne bourrée d’humour a imprimé pour une soirée à thème, 811 Cannes Lions et autres récompenses pour en remplir ses locaux. Résultat, elle a fait parler d’elle sur les sites d’influence et les invités sont certainement repartis chacun avec une récompense rudement convoitée.

 

Les marques automobiles s’y mettent aussi. Pour la promotion de son Porsche Cayman, la marque a proposé à ses clients d’imprimer leur future voiture en miniature pour pouvoir l’observer sous toutes ses coutures. Ceux qui ont tenté l’aventure pouvaient partager leur impression (et leurs impressions) sous le hashtag #3dCayman. Le succès a été confidentiel, mais l’initiative bien accueillie.

 

 

Un concept reproduit plus ou moins par Polo Principle. VW Danemark et DDB Copenhague ont invité les consommateurs à designer leur propre Polo, plus exactement la rhabiller. Les 40 meilleurs designs pouvaient prendre le contrôle de l’imprimante 3D utilisée pour faire les protos des vraies voitures de la marque. Le concept a été poussé jusqu’au bout puisque le grand gagnant a même vu son design décliné sur un vrai modèle. Une manière pour la marque de montrer qu’elle démocratise le meilleur de la technologie pour ses clients.

 

Lançant ses mini bouteilles en Israël, Coca-Cola rebondit intelligemment sur son format. Grace à une appli dédiée, la marque offrait à ses buveurs de créer une version mini-moi d’eux mêmes. Les meilleurs ont gagné le droit de se faire tirer le portrait photo en 3D et de repartir avec une statuette à leur effigie. Une aventure qui rappelle pour les BDphiles, une histoire de Spirou et Fantasio période Franquin, les Petits formats.

 

Nokia, pour le lancement du Lumia 820 mise sur ses possibilités de customisation de sa coque amovible. En créant une communauté, la bien nommée Lumia 820 printing community, qui permet à chacun de créer, partager, imprimer en 3D des coques 100% originales et personnalisées. Dans un monde schizophrénique qui surfe entre uniformisation et singularisation, ce genre d’initiative aura certainement un succès grandissant.

lumia-820-nokia

Finissons enfin par un peu d’émotionnel avec l’association Barnardos et Yahoo.

Pour sensibiliser sur le nombre croissant de sans-abris l’asso a fait appel à la célèbre agence londonienne BBH pour mettre en place un duo website-3d print. Le site homeforxmas.org, invitait les visiteurs à faire un don, puis à rentrer leur adresse. Chaque jour, un donateur était sélectionné et voyait sa maison, immeuble, imprimée en 3d et transformée en boule à neige. Une façon de mettre en valeur leur maison et de leur faire mesurer leur chance d’avoir un toit au-dessus de la tête.

 

Yahoo Japan quant à eux, ont associé la puissance de leur moteur de recherche et la technologie 3D pour imprimer les recherches d’enfants japonais aveugles et leur permettre d’appréhender la forme « réelle » d’objets qu’ils ne verront jamais de par leur cécité. Une initiative appliquée aujourd’hui aux livres pour enfants atteints de cet handicap, pour leur permettre de dessiner les contours des personnages de leurs premières lectures.

 

Créativement, les possibilités sont infinies, mais restent relativement rares aujourd’hui. Mais la technologie évoluant, les marques vont certainement s’en servir de plus en plus à mesure que les boutiques d’impression 3D de proximité et les équipements domestiques vont se démocratiser.

Mais on le voit aussi, sorti des campagnes de pub, il y a une préparation à faire, un gap à franchir, une éducation à donner, des législations à changer… L’impression 3D connaitra ses miracles médicaux et humanitaires comme ses dérives guerrières avec l’impression d’armes à feu comme c’est déjà le cas.

Une véritable révolution on vous dit !

 

Article réalisé pour me site adsandtrends.com