Croyances et religions sur l’autel de la publicité

CROYANCES ET RELIGIONS SUR L’AUTEL DE LA PUB

 

IL Y A UN MOIS, L’ACTUALITÉ NOUS A RAPPELE DOULOUREUSEMENT CES PAROLES DE FEU (ET SAINT) PIERRE DESPROGES « ON PEUT RIRE DE TOUT, MAIS PAS AVEC TOUT LE MONDE« . POURTANT, AU-DELÀ DU CLICHE MONSTRUEUX DE LA CITATION RACOLEUSE DU JOURNAL DE BFM TV ACCRO A L’AUDIMAT, PIERRE A AUSSI DIT QU’IL FALLAIT RIRE DE TOUT, DE LA MISÈRE, DE LA GUERRE OU DE LA MORT, CELLES-CI SE RIANT BIEN DE NOUS AU FOND. ET LA PUB DANS TOUT ÇA ? PEUT-ELLE RIRE DE TOUT ET SURTOUT PEUT-ELLE SE FOUTRE OUVERTEMENT DES RELIGIONS ET, PAR EXTENSION, DE LEURS DÉFENSEURS LES PLUS HARGNEUX ?

Jamais l’expression « mourir de rire » n’aura été aussi vraie que pour la fin tragiquement cynique des dessinateurs de Charlie Hebdo. Qui aurait pu imaginer que l’on puisse se faire dégommer pour avoir crayonné (oui elle est facile) ? Si le rire est le propre le l’homme, le manque d’humour fait-il de certains des animaux ?

Une chose est certaine en tout cas : Il est impossible de prendre l’humour au sérieux, car c’est déjà détruire son pouvoir de dérision. L’humour, permet d’apprécier cette distance par rapport à la tragédie, par rapport au sérieux de la vie. L’humour met en exergue des situations parfois terribles, des propos souvent effrayants. L’humour est cette soupape nécessaire et salvatrice qui permet de supporter le ridicule absolu d’une chanson de Christophe Mae ou Kendji Girac chantée par votre moitié quand celle-ci emportée par le flow, double des voitures à 185 sur l’autoroute Bordeaux-Pau.

La religion est quelque chose d’intrinsèquement personnel enfoui au fond de chacun depuis son premier missel, sa première kippa, son premier chapelet bouddhique, son premier tapis de prière, ou sa première kalashnikov dans certains cas malheureusement. Quelle soit pratiquée d’une manière ou d’une autre, la religion fait partie de chacun et, ça ne date pas d’hier, la mettre scène ouvre souvent la polémique. Si faire de l’humour sur les religions est un peu « touchy », c’est aussi parce que ce sont elles qui déclenchent des conflits, déchirent des populations entières ou créent des frontières, et ce, depuis des millénaires.

Ha oui, pour que les choses soient bien claires, je ne suis pas quelqu’un de religieux hardcore, mais je ne réfute pas qu’il y ait une intelligence supérieure, même si pour le coup en créant certains spécimens de l’espèce humaine, il s’est un peu viandé sur les bords. Mon rapport à la religion fait que j’accepte que l’on puisse s’en moquer sans commune mesure. C’est pour moi quelque chose de saint, sans mauvais jeu de mots, comme l’humour noir.

Tâchons donc de mettre tout le monde sur un pied d’égalité même s’il faut le reconnaitre, c’est le catholicisme qui inspire le plus. Peut-être parce qu’on ne risque pas non plus de se prendre un furieux de la gâchette ou du détonateur qui se croit défenseur d’une vision étriquée de sa religion sur le coin du museau. Bon ensuite, s’il est équipé d’une Golf, c’est une autre histoire.

Prendre la religion comme référent créatif, c’est un peu la panacée des créas : une symbolique universelle La Croix, l’Arche, le Graal, le Calice, l’Hostie aisément reconnaissables, des scènes de cène ou de représentations vues et revues et des personnages, Dieu, Jésus, Adam, Ève, Moïse, Noé, emblématiques à la pelle… Alors, oui, bien sûr, ce n’est pas un gage immuable de qualité, c’est comme l’accroche ou la référence un peu « cul » on n’y coupe pas une fois dans sa carrière.

C’est quand même bien dans les vieux calices qu’on fait les meilleures soupes et heureusement que l’église a mis de l’eau dans son vin depuis l’Inquisition parce que, quand, en plus, le créa peut avoir ce doux sentiment de culpabilité irrévérencieuse d’avoir un peu choqué les instances religieuses et sa mère-grand au passage, c’est encore mieux.

C’est un bon exercice pour détourner les codes et apporter de la surprise tout en installant un univers immédiatement identifiable. C’est un temps considérable de gagné en terme de mise en scène. La preuve :

Pouf ! En deux millièmes de secondes, vous savez où vous êtes, qui sont les personnages. C’est pas une tuerie de créativité, loin s’en faut mais c’est pratique comme tout. C’est vrai quoi, on sait que quand on colle une nana et un gars à poil dans une nature vierge et luxuriante on sait immédiatement à quoi on va avoir droit : une jolie scène d’amour, la création. Parfois un parfum, parfois des pommes, parfois… une compagnie d’assurance.

Ainsi, l’esprit associe aussi facilement nos tourtereaux nudistes au Jardin d’Éden que L’Arche de Noé à la survie. Ici d’un homme qui dont le déodorant attire de sublimes amazones sur son Love Boat avant le déluge. Là, d’un Noé un peu dépassé qui oublie de vérifier la reproductibilité des licornes avant de les embarquer pour sa croisière s’amuse.

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Et maintenant, si je vous dis : La Crèche, Joseph, Marie, les Rois Mages, en Galilée, suivaient des yeux… ( merci Sheila) ? Vous me répondez ? Bravo, comme Jacques, vous avez tout bon (désolé). Quelle scène à part celle du dernier repas est plus emblématique que la Nativité ? Il y a une ambiance, des personnages, immédiatement reconnaissables et puis… Une subtilité à introduire ! Bon appétit !

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Évoquée dans l’article sur le marketing de noël du mois dernier, la naissance du petit Jésus est un thème formidable pour exprimer sa créativité en étant malin, subtil, ou moins subtil. Si je trouve chouette le film de Canal sur le thème (cf. l’article sus-nommé bande de feignasses), j’ai un énorme coup de cœur pour cette pub anglaise qui laisse deviner la véritable ambiance de la Nativité.

C’est pas de ma faute, quand on traumatise tout un public et surtout s’il est composé de jeunes enfants qui s’attendent à un moment merveilleux et magique, j’adore ! Ça marque, ça reste, c’est fort et c’est drôle. Avouez que vous n’avez pas vu venir la chute qui est un moment d’anthologie que n’auraient pas renié les Monty Python.

Côté Cathos, vous l’avez vu, on se marre bien, il y a de quoi faire et ce n’est pas mon but d’être exhaustif, il y a Ads of The World pour ça. Non, plus intéressant est de chercher des publicités qui touchent à des religions « intouchables ».

Le Judaïsme comme l’Islam sont beaucoup moins sujets à la publicité polémique pour plein de raisons dont le fait que leur religion est certainement plus imbriquée dans leur vie de tous les jours que pour la religion catholique ou simplement, moins médiatisée.

Mais pour plein d’autres raisons, les Juifs sont certainement ceux qui ont le plus d’autodérision lorsqu’ils parlent d’eux-mêmes. Woody Allen et Mel Brooks ne me contrediront pas. Cet épisode de la vie de Moïse aurait bien pu être écrit par eux.

Jouant sur les clichés sur leur cupidité, leur place dans le cinéma, le rapport avec leur mère, le tout, combiné à leur religion et ses personnages emblématiques. Ils semblent parfaitement à l’aise tant que, comme pour la religion catholique, on ne tombe pas dans l’antisémitisme primaire. Le Jewish Film Festival est un bon exemple de cette autodérision.

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Une transition toute trouvée du cinéma vers la télévision et la musique. On ne peut pas faire plus religieux. Avec une vraie incursion dans une synagogue pour une Bat Mitsva (la confirmation religieuse des jeunes filles juives) bercée par l’influence de MTV.

Autre confrontation amusante, celle d’un père Noël débarquant chez des rabbins en pleine nuit de Noël. Ce genre de publicité amusante, pas trash, permet par l’intermédiaire de l’humour d’en connaitre un peu plus sur les autres religions quand on ne sait pas que les Juifs ne célèbrent pas Noël tel qu’on l’entend en majorité en France avec le bonhomme en rouge, des cadeaux sous le sapin et des enfants qui hurlent, hystériques d’impatience, avant de prendre une fessée et d’aller méditer dans la cave… Je plaisante.

Mais comme dans toute publicité polémique, on tombe quelquefois sur des publicités parfaitement innocentes qui soulèvent une vague de protestations. C’est le cas de cette pub pour Nike où les joueurs ennemis, clones de star du ballon rond, sont représentés en gris arborant ce qui ressemble à une étoile de David. Choix volontaire ou pas, on s’éloigne du sujet. A vous de juger.

Enfin, intéressons-nous à la religion Musulmane. On ne trouve pas vraiment de publicités polémiques intégrant l’Islam et ses représentations. Ses symboles quelquefois. Comme ici Le Coran version digitale fait d’un Mac Book Air et d’un porte Coran, un print Burger King pour le ramadan ou un autre de Mac Do pour l’Eid.

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L’islam est la victime collatérale d’un amalgame entre Islam et Islamisme qui donne, c’est vrai, il faut le reconnaitre, une certaine caricature violente d’une religion qui ne l’est pas plus que les autres. Cf l’association que feront certains entre la pub du terroriste en Golf du début de cet article et sa vision de sa religion qui n’est pas celle de la majorité. Mais ce n’est qu’une partie vraiment marginale des créas. Voire infime. Tout n’est que rapport d’échelle, mais rien de réellement subversif ne vient déferler sur les supports publicitaires et la religion musulmane est très peu utilisée dans la publicité occidentale.

Tout au plus trouve-t-on une pub allemande qui joue sur le côté ultra sexy de l’under-burqa soulignant le plaisir égoïste et personnel de la femme qui a envie d’être séduisante pour elle, mais peut-être aussi pour son mari.

Rien de franchement à la hauteur des sulfureux sujets abordés en début d’analyse, mais qui illustre d’une certaine manière, le schizophrène jeu que jouent les créatifs de certains pays musulmans à devoir suggérer la nudité au lieu de la montrer.

On est à la frontière du religieux, du législatif et du politique comme dans cette publicité où la jeune femme en robe sur le print sera bien en bikini sur la plage privée de Dubaï pour laquelle elle pose.

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Ou beaucoup plus figuratif en remplaçant les humains par des singes.

Le constat est là. La religion fait le bonheur de la pub. Comme pour des caricatures ou des traits d’humour, certains prennent la mouche, d’autres non. Il n’y a pas de réponse universelle. Museler un sujet, le rendre tabou, le recouvrir du couvercle du sacré, c’est déjà faire un pas vers une censure qui en entrainera une autre, puis une autre et une autre. Laisser faire ouvertement, c’est ouvrir la porte à des débordements ou des dérapages certes ! Mais où placer le curseur et qui devrait juger de ces dérapages alors qu’il y a autant de sensibilités que de pratiquants ? Verra-t-on naître un jour en ces critiques une forme de racisme religieux ? Ou est-ce le cas ? La seule limite de l’humour finalement, c’est peut-être la méchanceté parfaitement gratuite, ce dans quoi peu d’humoristes, de dessinateurs et de publicitaires versent.

Je me permettrai d’achever totalement cette analyse en d’exhumant ces publicités de et pour BDDP qui avaient frappé fort il y a quelques années avec ses visuels égratignant les 3 grands mouvements religieux de la planète. Parce que la caricature, l’humour c’est ça. Il ne faut pas que ce soit toujours les mêmes qui en prennent plein la gueule et toujours les mêmes qui s’offusquent pour deux fois rien. Pour pouvoir un jour rire de tout, et avec tout le monde.

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Réalisé pour : http://www.adsandtrends.com/croyances-et-religions-sur-lautel-de-la-publicite/